Deux correspondaient à des mardis où Antoine lui avait dit être en déplacement professionnel. Un autre tombait le jour où Élise lui avait envoyé un message pour lui demander si elle pouvait passer récupérer un moule à gâteau.

Camille sentit sa gorge se serrer.

Elle n’avait pas encore la preuve que ces dépenses étaient liées à leur relation. Un paiement pouvait avoir plusieurs explications. Elle se le répéta.

Mais elle ne pouvait plus faire semblant de ne rien voir.

Elle téléchargea les relevés auxquels elle avait légitimement accès, puis les sauvegarda dans un dossier sécurisé.

Sophie regarda l’écran.

— Tu comptes faire quoi avec ça ?

— Je ne sais pas encore.

— Alors ne décide rien cette nuit. Mais garde les documents.

Camille hocha la tête.

Elle ne voulait pas transformer sa douleur en enquête interminable. Pourtant, elle devait protéger ses intérêts. Elle ne savait pas si leur mariage pouvait être sauvé, mais elle savait qu’elle ne devait pas laisser la panique décider à sa place.

Avant de fermer l’application, elle remarqua une dernière transaction.

Un virement de 4 800 euros, effectué trois semaines plus tôt, depuis le compte commun vers un compte qu’elle ne reconnaissait pas.

Le libellé indiquait : Remboursement travaux — E. Duval.

Camille resta immobile.

— Sophie ?

Sa sœur se pencha vers l’écran.

— Tu connais ce compte ?

— Non.

— Tu sais ce que sont ces travaux ?

Camille secoua la tête.

— Il n’y a eu aucun travail chez nous. Et Antoine ne m’a jamais parlé d’un remboursement à Élise.

Sophie prit une profonde inspiration.

— Ne lui envoie rien ce soir. Fais une copie du relevé et demande à la banque les informations auxquelles tu as droit. Ensuite, prends conseil auprès d’un professionnel avant de toucher à quoi que ce soit.

Camille acquiesça.

Ce virement n’était pas une preuve d’infidélité.

Mais il soulevait une question à laquelle elle avait désormais le droit d’obtenir une réponse.

 

4. Le mari qui voulait reprendre le contrôle

Le lendemain matin, Antoine se présenta chez Sophie.

Il était huit heures vingt lorsque la sonnette retentit.

Camille venait de sortir de la douche. Elle descendit l’escalier et s’arrêta devant l’entrée.

Sophie regarda par le judas.

— C’est lui.

Camille sentit son cœur accélérer.

— Je ne veux pas le voir.

— Alors tu ne le verras pas.

Sophie ouvrit la porte sans laisser Antoine entrer.

Il portait un pantalon sombre et une chemise impeccable. Il avait rasé sa barbe et remis sa montre. De loin, il avait l’air de l’homme rassurant que les voisins connaissaient.

— Bonjour, Sophie. Je dois parler à ma femme.

— Elle ne souhaite pas te voir pour le moment.

— C’est entre elle et moi.

— Elle m’a demandé de rester avec elle. C’est ce que je fais.

Antoine tenta de regarder au-delà de son épaule.

— Camille ? Je sais que tu es là.

Camille s’approcha, mais resta derrière sa sœur.

— Qu’est-ce que tu veux ?

Son mari parut soulagé de l’entendre.

— Je veux qu’on arrête cette mascarade. Tu es partie sans même me laisser m’expliquer.

— Tu m’as expliqué que j’étais hystérique.

— J’étais énervé.

— Tu m’as expliqué que je ne devais pas faire de scène.

— J’ai paniqué.

— Et ensuite, tu m’as envoyé un message pour me reprocher d’avoir dépassé les bornes.

Il passa une main dans ses cheveux.

— J’ai mal réagi. Je te présente mes excuses.

Camille attendit.

Il ajouta :

— Mais tu dois comprendre que cette histoire peut détruire notre réputation. Le lotissement entier parle de nous. Des gens ont filmé. Tu as déclenché une alarme pour une situation qui aurait dû rester privée.

Elle le regarda sans répondre.

Il venait de faire exactement ce qu’il avait fait la veille : déplacer le centre de l’histoire.

L’infidélité devenait une question de réputation.

La trahison devenait un problème de voisinage.

Et sa réaction devenait la faute principale.

— Antoine, dit-elle enfin, tu as eu des mois pour penser aux conséquences. Tu as choisi de ne pas le faire. Je ne vais pas prendre en charge ta réputation en plus de ta trahison.

— Tu dramatises.

— Peut-être. Mais je ne vais pas discuter de ça sur le pas de la porte.

Il baissa la voix.

— J’ai besoin de rentrer chez nous.

— Tu peux y rentrer. Je ne t’empêche pas d’accéder à la maison.

— Et toi ?

— Je ne sais pas encore quand je reviendrai.

Il sembla perdre patience.

— Tu ne peux pas me laisser dans l’incertitude indéfiniment.

— Je suis dans l’incertitude depuis des mois. Tu viens seulement de la découvrir.

Il serra les poings, puis les relâcha.

— Élise ne signifie rien pour moi.

Camille sentit une douleur sourde lui traverser la poitrine.