Et pourquoi avait-il laissé le reçu dans son bureau sans jamais le lui montrer ?

Elle photographia le document et le remit dans l’enveloppe.

Puis elle envoya un message à Antoine.

J’ai retrouvé le reçu correspondant au virement de 4 800 euros. Merci de m’envoyer les justificatifs complets et de m’expliquer par écrit pourquoi cette dépense a été effectuée depuis notre compte commun. Je souhaite que nous évitions toute nouvelle dépense non convenue sur ce compte tant que nos finances n’auront pas été clarifiées.

Elle relut le message avant de l’envoyer.

Pas d’insulte.

Pas de menace.

Pas de conclusion hâtive.

Seulement une demande claire.

Antoine répondit en moins de deux minutes.

Tu n’as pas le droit de fouiller mes affaires.

Camille ferma les yeux.

Elle n’avait pas fouillé ses affaires personnelles. Elle avait consulté les documents du compte commun et les papiers de la maison.

Elle répondit :

Je ne t’ai pas demandé d’explication sur tes affaires personnelles. Je t’ai demandé les justificatifs d’une dépense effectuée depuis notre compte commun.

Cette fois, il ne répondit pas.

 

7. Ce qu’Antoine avait réellement payé

Le rendez-vous avec l’avocate eut lieu le mardi matin.

Maître Delphine Arnaud écouta Camille raconter les faits, puis examina les documents qu’elle avait apportés.

Elle ne manifesta ni indignation théâtrale ni enthousiasme devant la possibilité d’un conflit.

Elle posa des questions précises.

Le mariage. Le régime matrimonial. La propriété de la maison. Les comptes bancaires. Les emprunts éventuels. Les dépenses communes. Le virement. Les preuves de l’infidélité.

— Je vais être très claire, dit-elle enfin. L’infidélité peut avoir des conséquences personnelles importantes, mais elle ne vous donne pas automatiquement droit à une indemnisation financière. Les règles applicables dépendent notamment de votre situation et des demandes que vous pourriez formuler. Nous devons distinguer la rupture de confiance des questions patrimoniales.

Camille hocha la tête.

— Je ne cherche pas à lui faire payer parce qu’il m’a trompée. Je veux savoir si notre argent a été utilisé sans que je comprenne pourquoi.

— C’est une question légitime. Nous allons examiner les éléments vérifiables. Pour le moment, ne publiez rien sur les réseaux sociaux, ne menacez personne et ne signez aucun document sous pression. Conservez les échanges et demandez les relevés auxquels vous avez légalement accès.

L’avocate consulta le reçu de travaux.

— Ce document établit qu’un acompte a été prévu ou payé pour ces travaux. Il ne prouve pas, à lui seul, ce qui a été convenu entre votre mari et madame Duval. Nous devons demander les justificatifs complets.

Elle recommanda à Camille de conserver une copie de ses propres documents, de ne pas modifier les accès aux comptes communs sans vérifier ses droits et les conséquences possibles, et de prendre conseil avant toute décision patrimoniale importante.

Camille ressortit du cabinet avec une liste de démarches.

Elle n’avait pas obtenu de verdict.

Elle avait obtenu quelque chose de plus utile : une manière de procéder sans laisser la colère prendre toutes les décisions.

Deux jours plus tard, Antoine lui envoya enfin un courriel.

Il expliquait qu’Élise lui avait demandé de l’aider à financer des travaux urgents. Son entreprise de rénovation avait exigé un acompte avant de commencer. Antoine lui avait avancé l’argent en attendant qu’elle le rembourse.

Il joignait un devis et un échange de messages.

Dans l’un de ces messages, Élise écrivait :

Je te rembourserai dès que Marc aura validé le prêt. Je ne veux pas qu’il sache que tu m’aides.

Antoine répondait :

Ne t’inquiète pas. Camille ne regardera pas les détails du compte.

Camille relut cette phrase plusieurs fois.

Ce n’était pas seulement une question d’argent.

Il avait considéré son attention comme une faiblesse exploitable.

Il avait utilisé le compte commun pour avancer de l’argent à sa maîtresse, tout en comptant sur le fait qu’elle ne poserait pas de questions.

Elle transmit les documents à son avocate.

Puis elle répondit à Antoine :

Merci pour les justificatifs. Je ne donne pas mon accord à ce type d’avance sur nos fonds communs. Je demande que nous convenions d’une procédure claire pour les dépenses communes et que tu ne procèdes plus à ce genre d’opération sans mon accord. Pour le remboursement, je souhaite un calendrier écrit et des preuves des paiements.

Antoine l’appela aussitôt.

Elle ne décrocha pas.

Il lui envoya un autre message.

Tu vas vraiment me faire un procès pour 4 800 euros ?

Camille répondit une dernière fois :

Je ne te fais pas un procès. Je te demande de rendre compte d’une dépense commune. Ce n’est pas la même chose.

Puis elle posa son téléphone.

Elle n’avait pas besoin de gagner une dispute par message.

Elle avait besoin que les faits soient établis et que ses limites soient respectées.

 

8. La vérité d’Élise

Pendant plusieurs jours, Élise ne donna aucun signe de vie.