Il disait qu’elle lui manquait, qu’il avait compris ses erreurs, qu’il voulait recommencer. Puis, deux jours plus tard, il lui reprochait de détruire douze ans de mariage pour une aventure.

Camille avait fini par lui demander une rencontre unique, afin de discuter de la suite avec calme.

Elle arriva à quinze heures.

La piscine était couverte d’une bâche. Les chaises longues avaient été déplacées contre le mur. Le jardin avait perdu son éclat de fin d’été.

Antoine l’attendait dans le salon.

Sur la table se trouvaient deux tasses de café et un dossier.

— J’ai préparé les documents financiers, dit-il.

Camille s’assit.

Il lui montra les relevés, le devis des travaux et les messages confirmant qu’Élise s’était engagée à rembourser l’avance. Il avait également obtenu un premier versement de sa part.

Le dossier ne résolvait pas tout, mais il permettait de clarifier une partie des mouvements d’argent.

Camille prit le temps de lire chaque page.

— Je vais transmettre tout ça à mon avocate.

— Bien sûr, répondit-il. Je m’y attendais.

Il semblait plus calme qu’auparavant. Peut-être avait-il compris qu’elle ne reviendrait pas sur sa décision simplement parce qu’il se montrait conciliant.

Après un long silence, il demanda :

— Est-ce qu’il reste une chance pour nous ?

Camille posa le dossier.

Cette question, elle l’avait redoutée.

Pas parce qu’elle ne connaissait pas la réponse, mais parce qu’une partie d’elle aurait voulu que les choses soient différentes.

Elle avait aimé Antoine. Elle avait aimé leur maison, leurs habitudes, leurs dimanches à préparer des repas trop copieux, leurs vacances improvisées et leurs conversations au lit avant de s’endormir.

Elle n’avait pas cessé de l’aimer en un instant.

Mais elle avait cessé de croire que l’amour suffisait.

— Je ne veux pas reprendre notre vie comme si rien ne s’était passé, dit-elle.

— Je ne te demande pas d’oublier.

— Tu me l’as pourtant demandé dès le premier jour. Tu voulais que je me calme, que je ne fasse pas de scène, que je protège notre réputation. Tu voulais que je t’écoute avant même de reconnaître ce que tu avais fait.

Antoine baissa les yeux.

— J’ai eu honte.

— Je comprends que tu aies eu honte. Mais tu as surtout eu peur que les autres l’apprennent.

Il ne répondit pas.

Camille continua :

— Je ne sais pas ce que tu ressens pour Élise. Je ne sais pas si tu regrettes cette relation ou si tu regrettes seulement d’avoir été découvert. Je sais que tu m’as menti pendant des mois et que tu as utilisé notre argent pour l’aider sans me consulter. Je sais aussi que, lorsque je t’ai demandé des explications, tu as essayé de me faire porter la responsabilité de la scène.

Antoine se frotta le front.

— Je ne peux pas changer ce que j’ai fait.

— Non. Mais tu peux arrêter d’essayer de contrôler la façon dont je le vis.

Il hocha lentement la tête.

— Je suis désolé.

Cette fois, il ne parla ni du lotissement ni de sa réputation. Il ne demanda pas qu’elle revienne. Il ne lui reprocha pas de détruire leur mariage.

Il dit simplement :

— Je suis désolé de t’avoir fait vivre ça. Je t’ai menti. J’ai utilisé ta confiance. Et j’ai voulu te faire taire quand tu as découvert la vérité. Tu ne méritais pas ça.

Camille sentit les larmes lui monter aux yeux.

Elle aurait voulu entendre ces mots six semaines plus tôt.

Peut-être même six mois plus tôt.

Mais ils arrivaient après trop de mensonges pour suffire à réparer ce qui avait été détruit.

— Merci de le reconnaître, répondit-elle.

Antoine leva les yeux.

— Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Camille regarda la pièce.

Les photos de vacances étaient encore accrochées au mur. Sur une étagère, un petit vase bleu qu’elle avait acheté en Bretagne contenait trois fleurs séchées. Dans l’entrée, les chaussures d’Antoine étaient alignées comme toujours.

Tout était à sa place.

Et pourtant, cette maison n’était plus tout à fait la sienne.

— Je veux que nous organisions notre séparation, dit-elle. Avec nos avocats, sans nous faire de mal volontairement. Nous allons régler les questions financières, la maison et les comptes de manière claire.

Il resta immobile.

— Tu es sûre ?

Camille inspira profondément.

— Oui.

Il ferma les yeux quelques secondes.

Puis il acquiesça.

Ils parlèrent encore près d’une heure des démarches à venir, des documents nécessaires et de la manière de communiquer pendant la procédure. Rien ne fut réglé sur-le-champ. La maison, le prêt et leurs engagements communs nécessitaient un examen précis. Ils convinrent de laisser leurs conseils les accompagner.

Lorsqu’elle se leva pour partir, Antoine la suivit jusqu’à la porte.

— Camille ?

Elle se retourna.

— Oui ?