— Je crois que je savais qu’il y avait quelque chose. Je ne voulais simplement pas être celui qui le découvrirait.
Camille le regarda.
— Je comprends.
Il eut un sourire triste.
— Vous savez ce qui me fait le plus mal ? Ce n’est pas seulement qu’elle ait pu me mentir. C’est qu’elle ait eu le temps de construire toute une vie parallèle et qu’elle ait continué à rentrer à la maison comme si de rien n’était.
Camille pensa aux dîners, aux messages, aux excuses d’Antoine.
— Oui, dit-elle. Je crois que je comprends très bien.
Ils restèrent quelques minutes en silence.
Puis Marc lui demanda :
— Est-ce que vous pensez que c’était sérieux ?
Camille prit le temps de réfléchir.
— Je ne sais pas. Et je ne veux pas inventer une réponse. Ce que j’ai vu suffit à expliquer pourquoi je ne peux plus lui faire confiance. Pour le reste, c’est à eux de dire la vérité.
Marc acquiesça.
— Vous avez raison.
Avant de partir, il lui dit qu’il n’allait pas confronter Élise immédiatement. Il voulait d’abord réfléchir à la suite et consulter un conseiller juridique si des questions financières ou patrimoniales se posaient.
Camille le respecta pour cela.
Ils ne se promirent pas de rester en contact. Ils ne se présentèrent pas comme deux victimes destinées à se soutenir éternellement.
Ils étaient simplement deux personnes qui venaient de découvrir que leurs mariages ne ressemblaient plus à ce qu’elles croyaient.
Et, pour l’instant, c’était déjà beaucoup.
6. Les 4 800 euros
Le lundi suivant, Camille retourna chez elle en journée, accompagnée de Sophie.
Antoine n’était pas là.
Elle avait prévenu son mari qu’elle venait récupérer quelques affaires personnelles et des documents de travail. Elle ne voulait ni dispute ni confrontation improvisée.
La maison paraissait étrangement normale.
Les coussins de la terrasse étaient rangés. Les chaises longues avaient été nettoyées. Les verres avaient disparu. La piscine reflétait le ciel gris d’octobre.
Camille s’arrêta devant la baie vitrée.
Elle se souvenait du sac de tomates, du citron qui avait roulé sur le sol, du visage d’Antoine lorsqu’il avait vu son doigt près du bouton rouge.
Elle se força à détourner les yeux.
— Tu veux qu’on commence par la chambre ? demanda Sophie.
— Non. Le bureau.
Camille avait toujours conservé ses contrats, ses factures et ses documents professionnels dans une armoire fermée du bureau. Elle y entra et ouvrit son ordinateur.
Elle ne chercha pas les affaires personnelles d’Antoine.
Elle consulta les documents du compte commun auxquels elle avait accès, ainsi que les messages concernant les travaux de la maison.
Aucun devis ne mentionnait Élise.
Aucune facture ne correspondait au virement de 4 800 euros.
En revanche, elle retrouva un échange avec Antoine, datant de trois semaines plus tôt.
Tu peux faire le transfert aujourd’hui ? avait-il écrit.
Elle avait répondu :
Oui, mais je voudrais savoir à quoi correspondent les 4 800 euros. Tu ne m’as pas envoyé la facture.
Antoine avait répondu :
Je m’en occupe ce soir.
Il ne l’avait jamais fait.
Camille imprima les échanges et les plaça dans une chemise.
Elle ne savait pas encore si l’argent avait servi à payer une dépense réelle, à aider Élise ou à couvrir autre chose. Elle ne voulait pas transformer un doute en accusation.
Mais elle avait besoin de documents vérifiables.
Elle appela sa banque depuis le bureau et demanda comment obtenir les informations relatives au virement, dans les limites de ses droits en tant que cotitulaire du compte.
La conseillère lui expliqua la procédure.
Camille nota les étapes.
Ensuite, elle contacta une avocate spécialisée en droit de la famille, dont le nom lui avait été recommandé par une collègue. Elle prit rendez-vous pour le lendemain.
Avant de quitter le bureau, elle ouvrit le tiroir où Antoine rangeait parfois les documents de la maison.
Elle y trouva une enveloppe portant le nom d’Élise.
À l’intérieur se trouvait un reçu d’acompte pour des travaux de rénovation dans la maison de la voisine : remplacement d’une baie vitrée, réparation d’une terrasse et installation d’un nouveau système d’éclairage extérieur.
Le montant total dépassait 9 000 euros.
L’acompte était de 4 800 euros.
Camille relut le document.
La date correspondait au virement.
Le nom de l’entreprise figurait clairement sur le reçu.
Elle sentit sa colère monter, mais elle s’obligea à respirer lentement.
Ce document ne prouvait pas que les travaux n’avaient pas été réalisés. Il ne prouvait pas non plus que le paiement était illégal. Antoine pouvait avoir avancé de l’argent à Élise, ou l’avoir fait pour une raison qu’il devait expliquer.
Mais pourquoi cet acompte avait-il été payé depuis leur compte commun ?
Pourquoi lui avait-il parlé de frais imprévus à la maison ?